Diversité et indépendance pour la survie de l’information

En quelques jours, de la surveillance policière des journalistes québécois(es) à l’ordonnance d’un juge qui veut forcer une chercheuse universitaire à dévoiler toutes ses conversations tenues sous le sceau de l’anonymat, le monde de l’information est devenu en ébullition au Québec. Tant mieux, car à l’heure où une icône de l’information-spectacle accède à la Maison-Blanche, brasser la cage ne peut qu’être bénéfique.

Les événements des dernières semaines au Québec peuvent certainement s’inscrire dans la mouvance de l’appel public que Brian Myles faisait, au nom du journal Le Devoir, récemment, pour revendiquer un fonds public pour les médias d’information écrits.

Si nous saluons l’initiative du Devoir, le fait qu’elle soit épaulée par les conglomérats tels TC Médias et Groupe Capitales Medias nous semble de mauvais augure; ce n’est pas une multinationale de 2.1 milliards de dollars (TC Médias) ou le réseau médiatique de la famille Desmarais (Groupe Capitales Medias) qui a besoin de fonds publics…

Il y a quelques années, une rencontre s’est organisée entre plusieurs petits médias d’information pour discuter de la revendication d’un fonds pour les médias électroniques. Là aussi l’initiative était louable, car même électroniquement, les médias qui font de l’information au Québec sont souvent en mauvaise posture économique.

Or ce ne sont pas les médias écrits ou les médias électroniques qu’il faut publiquement soutenir, mais bien les médias indépendants d’information, qu’ils soient écrits ou non, qu’ils soient électroniques ou non.

L’impact de la concentration des propriétés de presse le démontre partout dans le monde (voir les documentaires Shadows of Liberty ou Project Censored) : l’information d’intérêt public étouffe dans un univers médiatique contrôlé par quelques gigantesques joueurs comme Groupe Capitales Médias ou TC Médias. Étrangement, seule une des neuf recommandations du Devoir fait état de sa nature « indépendante », qualité que l’on sait essentielle au travail journalistique. C’est pourtant cette indépendance des pouvoirs politiques, judiciaires et économiques qui est en jeu aujourd’hui.

Depuis le début des années 2000, une constellation de médias communautaires, coopératifs et citoyens qui produisent de l’information de qualité cherchent des moyens alternatifs pour assurer leur pérennité et leur survie. Notons que bien souvent, c’est dans un contexte précaire, souvent bénévole que leur travail est réalisé. L’une des façons de survivre en tant qu’indépendant(e) dans un univers médiatique aussi cannibale a été de fonder un portail rassemblant instantanément les publications de l’ensemble des médias de cette coalition. Il s’agit d’INFOS.media qui est en ligne depuis plusieurs mois grâce au Groupe de Recherche d’Intérêt Public (GRIP) de l’UQAM.

Soulignons que l’un des rôles fondamentaux des médias indépendants est de contribuer à la pluralité des points de vue en donnant la parole à celles et ceux que l’on entend moins. Un soutien aux médias indépendants est indirectement un soutien aux marginaux, aux magané(e)s, aux excentriques, aux « anormaux », bref, à celles et ceux dont les voix ne se rendent jamais aux médias traditionnels.

Au 5e Forum Mondial des Médias Libres qui eut lieu à Montréal cet été, un réseau de médias indépendants s’entendait sur la nécessité de revendiquer un fonds public pour les médias indépendants au Québec.

Pourquoi un fonds public? Pas juste parce que les publicitaires délaissent les médias écrits, mais pour se mettre à l’abri, justement, des aléas des besoins publicitaires des corporations. Que l’information du public en démocratie soit dépendante de la publicité est dangereux. Un débat sérieux sur l’information aujourd’hui se doit d’aborder de front la question de l’espace public qui est alloué à la publicité corporative.

Il n’y a pas lieu de quémander de la publicité, mais d’exiger qu’une partie des profits tirés de cette communication propagandiste — dont les intérêts sont uniquement privés — soit taxée par l’état et redirigée vers l’aide aux médias d’information indépendants.

Si les modalités d’une instance de gestion autonome d’un tel fonds sont bien sûr à établir, il nous semble crucial que le débat sur l’indépendance journalistique et les conditions de travail des journalistes indépendants ne fasse pas l’économie du problème central au Québec et ailleurs : la dégradation constante de l’information publique résultant de la concentration des propriétés médiatiques.

10 novembre 2016

Médias Libres

Les éditoriaux n’engagent que leurs auteur(e)s et ne représentent pas nécessairement l’opinion de tous les partenaires d’INFOS.media

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